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 Sacrifice d'Isaac ou d'Ismael?

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MessageSujet: Sacrifice d'Isaac ou d'Ismael?   Sam 5 Jan - 23:09

Sacrifice d’Isaac ou d’Ismaël ?
Par Michel Roumila

La Bible et le Coran reprennent tous deux l'histoire d'Abraham acceptant d'immoler son fils en holocauste à Dieu. Ce geste est fondateur de l'acte de foi parfait demandé par Dieu à Abraham, auquel il vaut dans la Bible l'Alliance, et dans le Coran le fait d'être considéré comme le premier des musulmans, à cause de son acte de soumission totale à Dieu.

Mais alors que dans la Bible, l'identité du fils est claire - il s'agit d'Isaac -, le Coran, lui, ne la précise pas. D'où la question posée par les commentateurs : s'agissait-il d'Isaac, fils de la femme libre, ou d'Ismaël, fils de la femme servante ? Les commentateurs (du Coran) se partageront à ce sujet, mais la tradition musulmane la plus générale finira, au fil des temps, par opter pour Ismaël. Pourquoi ? Pour y répondre examinons les sources de ces hypothèses contradictoires, non dans la Bible qui est précise mais dans le Coran.

Le récit biblique


Je passerai très vite sur la tradition biblique, n'en rappelant que l'essentiel : le chapitre XVI de la Genèse annonce la naissance d'Ismaël de la servante égyptienne d'Abram, Agar. Agar ayant fui à cause des mauvais traitements de Saraï, Dieu lui ordonne de revenir, et lui fait une promesse : " Je multiplierai beaucoup ta descendance, tellement qu'on ne pourra pas la compter " (verset 10). Le verset 11 poursuit : " L'ange de l’Éternel lui dit : Tu es enceinte et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom d'Ismaël, car l’Éternel a entendu ta détresse. Celui-là sera un onagre-adam (c’est-à-dire un être humain qui aura les habitudes de l’onagre ou âne sauvage : solitude et tempérament ombrageux. Les Ismaélites vivront dans le désert. ), sa main contre tous, et la main de tous sera contre lui, il s'établira à la face de tous ses frères. "

Puis l'alliance est conclue avec Abram, qui devient Abraham ; est annoncée la naissance d'Isaac, de Saraï, devenue Sara. C'est avec Isaac que se poursuivra l'alliance. Ismaël est béni, et il lui est promis d'être le père d'une grande descendance, mais ce n'est pas avec lui que se fera l'alliance (Gn. XXI).

Agar et Ismaël sont chassés dans le désert, où ils survivront. Dieu rappelle sa promesse : " J'en ferai un grand peuple " (Gn. XXI, 18 ) . Ismaël grandira au désert et deviendra tireur d'arc. Il épousera une égyptienne. Ismaël sera considéré comme l'ancêtre des Arabes du désert, à l'image de l'onagre, indépendant et vagabond, comme le décrit Job (XXXIX, 5-8 ) : " Qui a lâché l'onagre en liberté, délié la corde de l'âne sauvage ? A lui, j'ai donné le désert pour demeure, la plaine salée pour habitat. Il se rit du tumulte des villes et n'entend pas les cris d’un charretier. Il explore les montagnes, son pâturage, à la recherche de toute verdure ".

C'est au chapitre XXII que la Genèse décrit le sacrifice d'Isaac, par lequel Dieu veut éprouver la foi d'Abraham. Dieu répète alors sa promesse de descendance.

Ce sera ensuite le mariage d'Isaac et de Rébecca. Ismaël eut douze fils, qui furent les ancêtres de douze tribus. Isaac eut deux fils jumeaux, Esaü, le premier né, et Jacob. On sait qu'Esaü cèdera son droit d'aînesse à Jacob pour un plat de lentilles. Et Jacob se fera bénir par Isaac en se faisant passer pour Esaü. Jacob aura douze fils, ancêtres des douze tribus d'Israël.
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MessageSujet: Re: Sacrifice d'Isaac ou d'Ismael?   Sam 5 Jan - 23:10

Le récit coranique
Isaac


Comment Isaac est-il présenté dans le Coran ? Essentiellement comme un prophète, et un prophète parmi les justes (Q.XXXVII, 112-113 : " Nous lui avons annoncé une bonne nouvelle, la naissance d'Isaac, un prophète parmi les justes. Nous l'avons béni, lui [Abraham] et Isaac. Parmi leurs descendants, il y eut des hommes de bien, et des hommes manifestement injustes envers eux-mêmes ".

On notera des ambiguïtés : dans Q. XI, 71, on lit : « Sa femme était debout, et elle rit alors; Nous lui annonçâmes donc la naissance d'Isaac, et après Isaac, Jacob ». Jacob est indiqué ici comme le fils d'Abraham, né après Isaac. Pour la Bible, Jacob est fils d'Isaac, et frère d'Esaü. La même chose est dite en Q. VI, 84 : « Et Nous lui avons donné Isaac et Jacob et Nous les avons guidés tous les deux. Et Noé, Nous l'avons guidé auparavant, et parmi la descendance (d'Abraham) (ou de Noé), David, Salomon, Job, Joseph, Moïse et Aaron. Et c'est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants ». Ou encore Q. XXIX, 27 : « Nous lui donnâmes Isaac et Jacob, et plaçâmes dans sa descendance la prophétie et le Livre. Nous lui accordâmes sa récompense ici-bas, tandis que dans l'au-delà, il sera parmi les gens de bien ». De même en Q. XXI, 72 : « Et Nous lui donnâmes Isaac et, de surcroît Jacob, desquels Nous fîmes des gens de bien », et XIX, 49 : « Puis, lorsqu'il (Abraham) se fut séparé d'eux et de ce qu'ils adoraient en dehors d'Allah, Nous lui fîmes don d'Isaac et de Jacob; et de chacun Nous fîmes un prophète ».

Ces textes montrent qu’Isaac et Jacob, mis au rang des justes et des prophètes, sont donnés à Abraham.

Cependant, si on lit le commentaire que fait Tabari (du Q. XIX, 49), on voit que cette ambiguïté ne lui a pas échappé, et il indique bien que Jacob est le fils d'Isaac. Il est dit d'emblée par d’autres commentateurs " petit-fils d'Abraham ". Toutefois, personne ne peut écarter absolument l'hypothèse d'une erreur du Coran, et à cet égard, la date des versets est importante (on touche tout de suite ici aux interrogations sur la formation même du Coran).

C'est plus clair dans Q. XII, 6 : « Ainsi ton Seigneur te choisira et t'enseignera l'interprétation des rêves, et Il parfera Son bienfait sur toi et sur la famille de Jacob, tout comme Il l'a parfait auparavant sur tes deux ancêtres, Abraham et Isaac car ton Seigneur est Omniscient et Sage », où Dieu parle à Joseph selon la filiation : Abraham, Isaac, Jacob. De même en Q. XII, 38 où Joseph dit : « Et j'ai suivi la religion de mes ancêtres, Abraham, Isaac et Jacob. Il ne nous convient pas d'associer à Allah quoi que ce soit. Ceci est une grâce d'Allah sur nous et sur tout le monde; mais la plupart des gens ne sont pas reconnaissants ».

Il y a d’autres références à ce sujet. On notera en Q. II, 133 : « étiez-vous témoins quand la mort se présenta à Jacob et qu'il dit à ses fils :“Qu'adorerez-vous après moi” ? - Ils répondirent : “Nous adorerons ta divinité et la divinité de tes pères, Abraham, Ismaël et Isaac, Divinité Unique et à laquelle nous sommes Soumis »,136 : « Dites : “Nous croyons en Allah et en ce qu'on nous a révélé, et en ce qu'on n'a fait descendre vers Abraham et Ismaël et Isaac et Jacob et les Tribus, et en ce qui a été donné à Moïse et à Jésus, et en ce qui a été donné aux prophètes, venant de leur Seigneur : nous ne faisons aucune distinction entre eux. Et à Lui nous sommes Soumis », et 140 : « Ou dites-vous qu'Abraham, Ismaël, Isaac et Jacob et les tribus étaient Juifs ou Chrétiens ? ” - Dis : “Est-ce vous les plus savants, ou Allah ? ” - Qui est plus injuste que celui qui cache un témoignage qu'il détient d'Allah ? Et Allah n'est pas inattentif à ce que vous faites ».Ismaël est mentionné avant Isaac, comme en Q. III, 84 : « Dis : “Nous croyons en Allah, à ce qu'on a fait descendre sur nous, à ce qu'on a fait descendre sur Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les Tribus, et à ce qui a été apporté à Moïse, à Jésus et aux prophètes, de la part de leur Seigneur : nous ne faisons aucune différence entre eux; et c'est à Lui que nous sommes Soumis », et IV, 163 : « Nous t'avons fait une révélation comme Nous fîmes à Noé et aux prophètes après lui. Et Nous avons fait révélation à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux Tribus, à Jésus, à Job, à Aaron et à Salomon, et Nous avons donné le Zabour à David ».

La difficulté d’affirmer l’incohérence du Coran (grâce aux corrections des commentateurs musulmans) tient, d’abord à la révélation : elle s’est déroulée en 3 ou 4 temps (Médine, la Mecque, Médine) de 610 à 632 de notre ère, les versets d’une même sourate sont souvent de lieux et de dates différentes. S’y ajoute l’éparpillement des documents et la difficulté de la collecte pour la compilation. Compilation qui s’est déroulée sous le règne de 2 califes, sur plusieurs siècles, et dans un ordre différent de la révélation : comme pour mieux embrouiller à loisir !

Notons également, mais ce n’est pas l’objet de cette étude, Q.II :140 cité plus haut : « Ou dites-vous qu'Abraham, Ismaël, Isaac et Jacob et les tribus étaient Juifs ou Chrétiens ? ” - Dis : “Est-ce vous les plus savants, ou Allah ? … »

Le sacrifice d'Isaac

Le récit du sacrifice par Abraham de son fils se trouve en Q.XXXVII, 100-113 : (100). Seigneur, fais-moi don d'une [progéniture] d'entre les vertueux”. (101). Nous lui fîmes donc la bonne annonce d'un garçon (Ismaël) longanime.
(102). Puis quand celui-ci fut en âge de l'accompagner, [Abraham] dit : “ô mon fils, je me vois en songe en train de t'immoler. Vois donc ce que tu en penses”. (Ismaël) dit : “ô mon cher père, fais ce qui t'es commandé : tu me trouveras, s'il plaît à Allah, du nombre des endurants”.
(103). Puis quand tous deux se furent soumis (à l'ordre d'Allah) et qu'il l'eut jeté sur le front,
(104). Voilà que Nous l'appelâmes “Abraham !
(105). Tu as confirmé la vision. C'est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants”.
(106). C'était là certes, l'épreuve manifeste.
(107). Et Nous le rançonnâmes d'une immolation généreuse.
(108). Et Nous perpétuâmes son renom dans la postérité :
(109). “Paix sur Abraham”.
(110). Ainsi récompensons-Nous les bienfaisants;
(111). car il était de Nos serviteurs croyants.
(112). Nous lui fîmes la bonne annonce d'Isaac comme prophète d'entre les gens vertueux.
(113). Et Nous le bénîmes ainsi que Isaac. Parmi leurs descendances il y a [l'homme] de bien et celui qui est manifestement injuste envers lui-même.

Dans les textes ci-dessus Ismaël est mis entre (..) par les traducteurs à partir des commentaires de Tabari (923), Al-Razi (1209), Al-Badawi (1291) et Al-Nazafi (1310) : il n’en était pas ainsi auparavant où l’on voit que le fils n'est pas nommé, et toute la question est de savoir duquel des deux fils il s'agit. Tabari, commentant la sourate Yusuf (XII, 6) rapporte une tradition : " Sa grâce envers Abraham fut qu'il le sauva du feu, et envers Isaac, qu'il le sauva du sacrifice ". Pour Tabari, c'est donc Isaac qui fut le fils du sacrifice.

Si on se reporte maintenant au commentaire que fait Tabari de Q.XXXVII, 100-113, on lit : " Le garçon que Dieu annonça à Abraham était Isaac ", et Tabari donne la chaîne des transmetteurs. Il s'interroge de plus sur un certain nombre de difficultés d'interprétation : ainsi relève-t-il plusieurs sens possibles pour le mot al-sa'ya : lorsqu'il fut en âge de travailler, ou de marcher, ou d'adorer. Il fait, de plus, un long développement (8 pages) sur ce qui précède le sacrifice, où il s'agit bien d'Isaac. Il relève en passant une différence de lecture chez les gens de Médine, de Basra, et certains de Kufa, qui lisent dans le sens : " quoiqu'il te soit ordonné, fais ce qui t'est ordonné. " Certains de Kufa lisent dans le sens de : " ce que tu indiques ".

Toutefois, Tabari rapporte aussi une tradition au sujet de la chemise qu'enlève le fils d'Abraham pour qu'elle ne soit pas tâchée de sang, et il indique à ce moment le nom d'Ismaël. On notera qu'en disant à son père d'accomplir l'ordre reçu de Dieu, Isaac se présente en victime consentante. Au verset 107, au sujet de l'immolation, il remarque que tous les commentateurs disent qu'il s'agit d'un bélier immolé par Abraham à la place de son fils. Aux versets 112-113, il explique que si le nom d'Isaac est mentionné ici, c'est, d'après les commentateurs, pour annoncer que la prophétie lui est accordée. Encore que d'autres compréhensions existent, tout le monde cependant pense que c'est bien Isaac qui est la victime. En résumé, on peut donc dire que la première interprétation de Tabari rend compte d'une opinion assez unanime : c'est Isaac qui fut la victime.

On notera toutefois que Tabari commentant l'annonce de la conception d'Isaac, et après lui de Jacob, comme premier-né de Sara (au sujet de laquelle il rapporte des traditions établissant que Sara avait alors 99 ans et Abraham 100 ans) s'interroge sur la compatibilité de l'idée d'un sacrifice d'Isaac avec la promesse faite par Dieu à Abraham et Sara d'une descendance.

Si on consulte le commentaire d'Ibn Katir, on trouve la même interprétation : c'est bien Isaac la victime (cf. son commentaire de Q. XII, 6).

De même si on consulte le commentaire de Fahr al-Din al-Razi : c'est encore Isaac qui est désigné comme la victime. Dans son commentaire de Q. XII, 6, on trouve la même explication que dans Tabari : la grâce accordée par Dieu à Abraham et Isaac, c'est la prophétie, puis : " la bienfaisance de Dieu envers Abraham fut de le protéger du feu, et envers son fils Isaac, de le préserver du sacrifice ". Si enfin on consulte le commentaire de Zamahšari, on voit qu'ici aussi il s'agit d'Isaac (cf. Kaššaf, commentaire de Q. XII, 6).

Malgré cela la tradition musulmane, on ignore comment ? … certains regardent vers les mosquées ?... met en avant Ismaël.
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MessageSujet: Re: Sacrifice d'Isaac ou d'Ismael?   Sam 5 Jan - 23:11

Ismaël

Ismaël est donc le fils d'Agar, la servante ou l'esclave égyptienne d'Abraham. Selon l’une des deux traditions musulmanes, Abraham conduisit Agar et son fils Ismaël à La Mekke, où il les abandonna. Ils survécurent, et Abraham rencontra son fils au cours d'un voyage. Il lui demanda de l'aider à construire la Ka'ba.

Ismaël épousera une fille de la tribu arabe des Djurhum. C'est de cette tribu qu'il apprendra l'arabe. Il sera considéré comme l'ancêtre des Arabes du Nord et des Arabes du désert, c'est-à-dire des bédouins. Ismaël est présenté dans Q. XIX, (Maryam) 54-55, comme un apôtre et un prophète. Il est mentionné dans Q.VI, 86, comme descendant d'Abraham, mais à un rang qui semble inférieur à celui d'Isaac et Jacob. Pourtant, certains passages semblent donner la primauté à Ismaël sur Isaac (cf. Q. XIV, 39 : " Louange à Dieu qui m'a donné dans mon grand âge Ismaël et Isaac. Mon Seigneur écoute la prière. " De même, en Q. Il, 133,136,140, Ismaël est cité avant Isaac dans la nomenclature : " Nous adorons ton Dieu, le Dieu de tes pères : Abraham, Ismaël et Isaac ".

Tabari, commentant Q. II, 133, fait remarquer que si Ismaël est cité en premier, c'est parce qu'il est l'aîné. Il fait remarquer de plus, puisque ce verset concerne aussi Jacob, qu'il n'est pas étonnant qu'Ismaël, bien qu'oncle de Jacob, soit rangé parmi les " pères " : c'est une façon de parler de la parenté ancestrale courante chez les Arabes. Est-ce là la raison pour laquelle la tradition postérieure évoluera et choisira Ismaël comme " victime " ? En effet, c'est le fils " immolé " qui doit être l'héritier de la promesse divine. Ismaël est incontestablement l'aîné, mais né de la femme servile. Isaac est le puîné, mais né de la femme libre. Toute la question est de savoir si Agar est une esclave, ou une seconde épouse (du point de vue musulman). Dans ce dernier cas, selon les musulmans, Ismaël serait bien l'aîné en titre, et donc l'héritier, et ceci expliquerait la tradition postérieure.

Si en effet on relit Q. XXXVII, 100-113, on peut aussi considérer que le fils clairement nommé au verset 113, Isaac, pouvant apparaître comme le second fils selon l'ordre des versets, le premier fils non nommé serait Ismaël. S'il n'y a pas là de certitude, coranique, il n'y a pas non plus d'impossibilité. Dans ce cas, le Coran reprendrait l'ordre de primogéniture, ignorant forcément la distinction fondée sur le fils de la femme libre et sur le fils de la femme servile, et cela ferait d'Ismaël la victime.

C'est ce que dit Baydawi dans son commentaire de ces versets, lui qui relève que la naissance d'Isaac est annoncée après l'autre annonce parallèle d'un garçon : celui-ci ne peut donc être qu'Ismaël.

Tabari lui-même, dont j’ai cité précédemment la préférence pour le choix d'Isaac comme victime, n'est pourtant pas absolument affirmatif. Si, en effet, nous poursuivons la lecture de son commentaire des mêmes versets, commentaire où il raconte en détail la scène de l'annonce à Sara, puis la préparation de l'immolation et son acceptation par Isaac, et enfin comment Dieu interrompit le geste d'Abraham et comment celui-ci immola un bouc à la place de son fils, Tabari, qui affirme que les commentateurs ont divergé sur la question de l'identité du fils, poursuit son exposé en rapportant de nombreuses traditions où la victime est Ismaël, et en particulier une tradition où 'Abd Allah b. 'Abbas dit qu'il s'agit d'Ismaël et que ce sont les Juifs qui ont prétendu que c'était Isaac. Et il rapporte de même une tradition selon laquelle ce ne pouvait être Isaac, dépositaire de la promesse, qui aurait été immolé. Si bien qu'en définitive, Tabari n'est pas uniquement partisan d'Isaac, donnant de nombreuses références à l'appui d'Ismaël. Il est vrai que le fait qu'il consacre neuf grandes pages à discuter de ce point montre assez combien les avis (musulmans) ont été partagés, et à quel point il pouvait être difficile de prendre un parti définitif.

Si maintenant nous sautons les siècles pour consulter le commentaire du Manar, on voit que celui-ci, commentant le verset 6 de la sourate XII (sourate Yusuf), qu'il met en rapport avec la sourate XXXVII, versets 100 et ss., se range sans ambiguïté du côté des tenants d'Ismaël : " Certains commentateurs ont brodé sur la similitude entre le sauvetage d'Ibrahim du feu et celui d'Isaac du sacrifice, mais la réalité, dit-il, est que le sacrifié est Ismaël et non pas Isaac, comme le prouve le verset de la sourate Al-Safat ( ?). L'endroit où se situe l'histoire, c'est le Hijaz, et là réside l'origine du sacrifice à Mina, et d'ailleurs, celui qui a grandi au Hijaz, c'est Ismaël et non pas Isaac ". (évidemment ce commentaire est assorti de lieux sortis du « chapeau »).

Autrement dit, le commentaire du Manar entérine purement et simplement l'opinion désormais acquise chez les musulmans qu'il s'agit d'Ismaël, sans même s'interroger sur les traditions différentes rapportées par les commentaires plus anciens. De plus, le Manar souligne le lien entre le sacrifice du fils d'Abraham et le sacrifice à Mina lors du pèlerinage (sans d'ailleurs relever que le premier sacrifice historique institué par le prophète fut probablement celui d'un chameau et non d'un mouton, mais il est vrai que celui d'un mouton s'y est vite substitué dans la tradition musulmane).

On reviendra sur la tradition de 'Abd Allah b. 'Abbas, rapportée par Tabari, qui fait état d'une falsification de la vérité par les Juifs. C'est en effet une solution commode au problème que pose l'existence de deux interprétations différentes de textes relatant une histoire commune aux deux traditions, juive et musulmane. Ces deux interprétations sont en effet censées reposer sur des textes dont le caractère divin est reconnu. Plus exactement, l'islam reconnaît le caractère inspiré des textes bibliques. Comment alors accepter deux interprétations divergentes ? De ce point de vue, affirmer que les Juifs se sont trompés, voire qu'ils ont falsifié délibérément la vérité, est une solution. L'un des tout derniers commentaires du Coran, celui de Si Hamza Boubakeur (publié dans sa première édition en 1970), est d'ailleurs un modèle du genre, accusant carrément et sans nuances les Juifs de falsification : " Selon la Genèse, le " candidat " à l'immolation était Isaac. Selon la thèse musulmane, il s'agit d'Ismaël. Les sémitisants tiennent les chapitres XIV à XX de la Genèse comme tardivement remaniés et " harmonisés ". Les auteurs vont plus loin : ils ont souligné cette falsification, et considèrent, en outre, les chapitres suivants, surtout le chapitre XVII, comme transformés et pratiquement vidés de leur substance par les compilateurs tardifs des traditions juives qui se sont évertués, en arrangeant les textes à leur manière, à faire d'Isaac et de son fils Jacob les seuls dépositaires de la révélation et les seuls fondateurs du culte. Pour rendre cohérentes la narration biblique et leur conception de la prophétie comme un privilège exclusif d'Israël, ils ont modifié le Texte Sacré et substitué Isaac à Ismaël " (Si Hamza Boubakeur, Le Coran, Maisonneuve et Larose, 1995, p. 812). C’est oublier, volontairement, que les textes bibliques concernant cet épisode étaient acquis bien avant l’ère du prophète de l’Islam.

Il est vrai toutefois que Si Hamza Boubakeur souligne par la suite l'une des difficultés du texte biblique : en Genèse, XXII, 2 il est dit : " Prends ton fils, ton unique, que tu chéris, Isaac, et va-t-en au pays de Moriyya, et là tu l'offriras en holocauste sur une montagne que je t'indiquerai ". Or, Isaac ne peut être tenu pour l'unique fils d'Abraham, puisque, auparavant, lui est né Ismaël de sa servante Agar, sauf à tenir Ismaël comme quantité négligeable parce que fils de la servante, ou comme virtuellement mort, puisque abandonné au désert …raisonnement tordu car si Ismaël et Isaac sont bénéficiaires de promesses, seul Isaac est bénéficiaire de l’Alliance.
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MessageSujet: Re: Sacrifice d'Isaac ou d'Ismael?   Sam 5 Jan - 23:12

Conclusion

On voit donc que la tradition musulmane a hésité, avant que le choix des musulmans ne se fixe définitivement sur Ismaël.

On notera que ce fut surtout l'un des premiers grands commentaires, celui de Tabari (839-923) qui, sans écarter absolument l'autre hypothèse, tient néanmoins pour vraisemblable que ce soit Isaac la " victime ".

On pourrait hasarder l'explication que ce commentaire est l'un des plus anciens, donc des plus proches des temps de la révélation coranique, et que de ce fait, il a pu tenir compte plus que les autres du courant des traditions véhiculées par l'entourage juif du prophète, et donc être amené à reprendre des traditions fidèles au point de vue des Juifs. Par la suite, des commentaires plus tardifs, à des époques où la rupture avec les Juifs était consommée, auraient eu tendance à rejeter l'interprétation juive. Une tradition rapporte d'ailleurs que la mention d'Ismaël comme "victime " se serait surtout affirmée à partir de 'Umar, calife omeyyade qui régna de 717 à 720. Le commentaire de Tabari lui est cependant postérieur de plus d'un siècle, et ceux d'Ibn Ka×ir et de Razi, optant pourtant pour Isaac, sont encore plus tardifs (Ibn Katir 1300-1373 ; Razi 1149-1209).

Il faudrait aussi tenir compte des dates de composition des versets parlant d'Isaac et d'Ismaël, certains étant de la période mekkoise, d'autres de la période médinoise.

Peut-être faut-il plutôt penser qu'un faisceau de traditions convergeant vers l'idée de la présence d'Ismaël à La Mekke et l'aide qu'il aurait apportée à Abraham dans l'édification de la Ka'ba, renforcées par l'importance du pèlerinage et de ses rites parmi lesquels l'immolation du mouton, ont peu à peu ancré dans la conscience musulmane la conviction que le fils sacrifié était Ismaël. Ceci, en plus, diminuait l'importance de Jérusalem et du rocher où aurait eu lieu le sacrifice d'Isaac pour diriger les regards de la communauté musulmane plutôt, et définitivement, vers La Mekke. Il s'agirait là d'ailleurs plutôt de traditions populaires tendant finalement à s'imposer que d'un point de vue issu de l'étude critique des textes et des opinions nuancées des théologiens.

La question reste donc ouverte … pour les musulmans !

Par ailleurs, sur le sens général, pour l'islam, des personnes et des missions d'Abraham et de ses fils, on notera qu'Abraham est fondamental, étant le premier à confesser le monothéisme. Abraham est le prophète par excellence. Son geste d'immolation d'un de ses fils est magnifié comme la preuve de sa totale soumission à Dieu. Cependant, l'alliance entre Dieu et Abraham et sa descendance sur laquelle insiste la Bible n'est pas reprise de la même façon dans le Coran. Le rôle généalogique d'Isaac et d'Ismaël est peu mis en lumière par le Coran, contrairement à la Bible. Toutefois, la tradition musulmane fera par la suite d'Ismaël l'ancêtre des Arabes du Nord.

Allah qui n’a aucun « associé » ne peut concevoir d’alliance avec qui que ce soit, d’ailleurs ce mot figure qu’une seule fois (Q. IV : 90) et concerne l’alliance entre tribus. Les alliances entre les hommes sont souvent bafouées, celles de Dieu avec les hommes (l’humanité) sont immuables : il est étonnant qu’Allah n’en a pas conclu avec les musulmans ? … mais c’est une autre histoire !

Amen. Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous.
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Caleb
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MessageSujet: Re: Sacrifice d'Isaac ou d'Ismael?   Mar 26 Fév - 11:24

Bonjour,

Ce point est très important et doit bien etre expliqué aux musulmans pour bien leur dire clairement que l'Alliance que Dieu à fait à l'humanité passe par le peuple juif. Jésus Christ a dit Lui-meme que le Salut vient des juifs, et c'est normal puisque le Salut, c'est Lui, et Il était juif dans sa condition humaine.

Les Prophètes de Dieu, de Moise jusqu'à Jean-Baptiste étaient tous juifs et hébreux. Muhammad, lui, ne l'était pas, par conséqquent il ne peut revendiquer etre Prophète de Dieu.

En Christ

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Je crois en l'Eglise, Une, Sainte, Catholique et Apostolique (Symbole des Apotres)

1Tm 3:15- Si toutefois je tardais, il faut que tu saches comment te comporter dans la maison de Dieu - je veux dire l'Église du Dieu vivant - colonne et support de la vérité.
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MessageSujet: Re: Sacrifice d'Isaac ou d'Ismael?   Jeu 3 Avr - 22:07

Caleb,
De quel peuple juif parles-tu ? Les Pères de l'Ancien Testament ou les héritiers des pharisiens ? Après le Sacrifice de Jésus-Christ sur la Croix le Salut ne vient que de l'Eglise catholique non plus des juifs : "Pas de Salut en dehors de l'Eglise catholique."
La tradition apostolique, dont surtout Saint Paul dans son épître aux Galates et les Pères de l'Eglise sont au contraire unanimes à désigner les juifs d'aujourd'hui, peuple déicide (je ne fais que reprendre les termes de l'Eglise) comme les fils d'Agar la servante, et les chrétiens comme les fils d'Isaac. En effet Ismaël était l'aîné, Isaac le puîné.
La même figure de la synagogue vs l'Eglise se retrouve très souvent dans la Bible. Un autre exemple avec toujours deux fils c'est la parabole de l'enfant prodigue, là encore l'aîné figure la synagogue, le puîné qui est le prodigue repenti figure l'Eglise.

Ton interprétation est celle des protestants, et ce n'est pas cette judéophilie qui ramènera les musulmans vers la Vérité..
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Santo padre
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MessageSujet: Re: Sacrifice d'Isaac ou d'Ismael?   Lun 7 Avr - 22:41

Tork a écrit:
Caleb,
Ton interprétation est celle des protestants, et ce n'est pas cette judéophilie qui ramènera les musulmans vers la Vérité..

Bonjour,

A l'inverse, je ne pense pas que de l'antisémitisme soit le meilleur moyen, en voulant s'aligner sur la doctrine musulmane, pour les ramener vers l'unique vérité qui est N.S. Jésus Christ

Deo gratias
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MessageSujet: Re: Sacrifice d'Isaac ou d'Ismael?   

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Sacrifice d'Isaac ou d'Ismael?
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